Nés à Corps où résident leurs familles, ils ne se connaissent pas, étant donné les très longues absences de la bergère. Tous deux parlent le patois local et ne connaissent que quelques bribes de français. Ni école, ni catéchisme: ils ne savent ni lire, ni écrire. Le père de Mélanie est en constante recherche de travail. Sa mère est surchargée par les soucis de toute sa marmaille. Il ne reste pas de place à l'affection, ou si peu.
Devenue postulante puis novice dans la même Congrégation, objet d'attentions et de prévenances de la part de nombreux visiteurs, elle s'attache à ses propres manières de voir.
Elle en restera marquée tout au long de sa vie. Pour donner crédit à ses affirmations, elle les relie au secret qu'elle a reçu de la Belle Dame. Un examen tant soit peu attentif de ce qu'elle dit et écrit montre les différences irréductibles avec les signes et les paroles de Marie à La Salette. Mélanie, ses problèmes et ses fantasmes, sont devenus le centre de son discours: à travers ses prophéties, elle règle ses comptes avec ceux qui opposent quelque résistance à ses projets: elle exprime son refus de la société ou du milieu où elle a des problèmes. Elle se recrée un passé imaginaire où sont exorcisées les frustrations dont elle a été victime dans son enfance.
En 1854, un prêtre anglais emmène Mélanie en Angleterre. L'année suivant, elle entre au Carmel de Darlington, y fait profession temporaire en 1856 mais en repart en 1860. Autre tentative chez les Soeurs de la Compassion de Marseille: après un séjour dans leur maison de Céphalonie (Grèce) et un passage au Carmel de Marseille, elle revient à la Compassion pour peu de temps.
Après quelques jours à Corps et à La Salette, elle s'établit en Italie, à Castellamare di Stabia, près de Naples. Elle y reste dix-sept ans, écrivant ses "secrets" et une règle pour une éventuelle fondation. Le Vatican prie l'évêque du lieu de lui interdire ce genre de publication, mais elle cherche obstinément d'autres appuis et imprimatur, jusqu'au maître du Sacré Palais, Mgr. Lepid. Cela ne représente pas une approbation, même voilée. Et l'autorité à laquelle Mélanie se réfère n'est pas compétent.
Une chose est certaine: au terme de toutes ses errances, il est un point sur lequel Mélanie n'a jamais varié: le témoignage qu'avec Maximin, elle a donné au soir du 19 septembre 1846, dans la cuisine de Jean-Baptiste Pra aux Ablandins. Et durant toute l'enquête menée par Mgr. Philibert de Bruillard, reprise et confirmée par celle de Mgr. Ginoulhiac. Dans une vie difficile, Mélanie est restée pauvre et pieuse, et fidèle à son premier témoignage.
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